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L’échec de Copenhague. Quel impact pour les populations africaines ?


 

Les négociations Climat, qui ont réunies à Copenhague les décideurs de ce monde du 7 au 18 décembre 2009, se sont soldées par un échec. Les causes en sont multiples et complexes. En attendant, les changements climatiques montrent déjà leurs effets dans de nombreuses régions du monde, notamment sur le continent africain, et impactent le quotidien de millions de personnes.

 

Qu’attendait-on des négociations sur le climat de Copenhague ?

 

ONG et citoyens de tous continents se sont mobilisés pendant des mois en amont de Copenhague et pendant le Sommet. Tous attendaient que les pays industrialisés tiennent fermement leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, afin de rester en deçà des 2°C d’augmentation de température en 2100, par rapport à 1850 (comme recommandé par les experts du GIEC[1]). Il était également attendu que Copenhague aboutisse à un principe fort de solidarité internationale, les pays les plus riches et industrialisés s’engageant à soutenir techniquement et financièrement des programmes d'atténuation[2] et d'adaptation[3] aux changements climatiques des pays en développement, qui sont aujourd’hui les plus affectés.

 

Une responsabilisation des pays industrialisés pour une solidarité mondiale, auraient du amener à la ratification d’un accord contraignant, ambitieux et équitable. Il n’en est rien. Si l’importance d’une mobilisation collective pour faire face à l’enjeu des changements climatiques était au plus haut de l’agenda politique pendant ces 12 jours de négociation, le résultat n’est pas à la hauteur des ambitions affichées. Le Sommet a acté d’une simple déclaration politique, approuvée par certains dirigeants, refusée par d’autres.

 

La déclaration ne comporte en effet aucun engagement chiffré de réduction d’émission de gaz à effet de serre. Du point de vu des engagements financiers, Copenhague a acté l’attribution aux pays en développement de 30 milliards de dollars entre 2010 et 2013. Mais aucun engagement de long terme n’a été pris, aucun engagement financier contraignant n’a été adopté. Par ailleurs, les ONG sont particulièrement vigilantes à ce que ces fonds soient additionnels aux financements actuellement mobilisés pour le développement.

 

Quels impacts des changements climatiques sur le continent africain ?

 

Or l’urgence d’un engagement ferme et contraignant des Etats n’est plus à démontrer. Il en va de l’avenir de notre monde et de celui de millions de personnes.

 

Selon les experts, les populations des pays africains et notamment sahéliens, seront particulièrement impactées par les changements climatiques. Un récent rapport de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques4 affirme que ces derniers accentueront les évènements extrêmes tels que les sécheresses et les inondations. Il est aujourd’hui démontré que les pays sahéliens seront également fortement impactés. Les récentes inondations en Afrique de l’Ouest en sont une des manifestations. Par ailleurs, si les prévisions en matière de régimes pluviométriques sont encore à préciser, il est estimé que d’ici 2025, environ 480 millions de personnes en Afrique habiteront des régions où l’eau sera en manque ou sévèrement limitée. Cela introduit une plus grande incertitude dans la quantité et la qualité de l'alimentation en eau potable, quand l’on sait qu’en Afrique, 300 millions de personnes n’ont toujours pas d’accès à une eau potable.

 

Par ailleurs, plus de la moitié des terres arables d’Afrique est aride ou semi-aride et l’agriculture dépend à plus de 95% des eaux de pluie. Dans ce contexte, les experts affirment que les changements climatiques accentueront sur le continent la dégradation de milliers de kilomètres carrés de sols, engendrant ainsi une baisse générale de rendement de la plupart des cultures de subsistance.[4] Cela aura des conséquences socio-économiques, alors que plus de la moitié de la population du continent est étroitement dépendante des productions agricoles et de l’élevage.

 

Les populations sahéliennes seront encore plus fortement touchées par ces changements, avec également des risques d’augmentation de certaines maladies (paludisme, choléra, méningite) et de migrations de populations, surtout dans des zones déjà arides (encore plus exposées aux sécheresses), ou dans des zones côtières (exposées à la montée de eaux).[5]

 

Quelles perspectives pour 2010 ?

 

Même si les pays Africains n’ont pas attendu Copenhague pour mener des programmes de gestion intégrée de la ressource en eau ou des programmes de lutte contre la désertification, ces derniers doivent être renforcés et développés à une plus grande échelle. Il persiste un vrai enjeu d’anticipation et d’adaptation aux effets des changements climatiques.

 

Il est important que chaque Etat se dote d’une stratégie nationale d’adaptation et d’atténuation face aux changements climatiques et la mette en œuvre. Les changements climatiques devront également être pris en compte transversalement dans les stratégies nationales de lutte contre la pauvreté, de gestion de l’eau, de productions agricoles.

 

En parallèle, il sera également important de renforcer la recherche sur les conséquences des changements climatiques sur la santé des populations, la pauvreté, les migrations ; et améliorer la prévision climatique saisonnière permettra notamment aux agriculteurs de mieux maitriser leur production agricole.

 

La ronde des négociations va se poursuivre en 2010, avec un enjeu d’aboutir réellement à l’élaboration et la signature de cet accord contraignant, ambitieux et équitable. Des objectifs chiffrés et contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont attendus. Ce n’est qu’avec cette ambition affichée des pays industrialisés qu’un nouvel accord pourra être accepté par tous les Etats. L’enjeu d’une solidarité mondiale face à l’urgence climatique sera au cœur de 2010.



[1] GIEC : Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat. Le GIEC a pour mission d’évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les fondements scientifiques des risques liés au changement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation.

[2] Programmes d’atténuation : programmes visant à limiter l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre

[3] Programmes d’adaptation : programmes visant à s’adapter aux impacts du changement climatique

[4] Source : Nations Unies - UNFCCC - Extrême vulnérabilité du continent africain face au changement climatique (en anglais), Septembre 2006

[5] Source : Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) – Article de Marc BIED-CHARRETON « Impact du changement climatique sur le continent africain », mars 2004

 

 

 

 

Pour aller plus loin :

Actes du Mardi de 4D – Retour sur le Sommet de Copenhague. La faiblesse du compromis heurte l’opinion publique. Quelles perspectives pour la suite ? Décembre 2009 http://www.association4d.org/IMG/pdf_Actes_M4D_Copenhague_200110.pdf

Réseau Action Climat France - Changements climatiques : Cap vers Copenhague – Mai 2009 –http://www.rac-f.org/DocuFixes/Copenhague-RACF-bdef.pdf

Réseau Action Climat France - Les étapes clés d’un accord équitable – Novembre 2009 – http://www.rac-f.org/IMG/pdf/Les_Etapes_cles_d_un_accord_equitable-_RAC-ENDA-FNH.pdf

Coordination Sud – Page internet, suivi des négociations de Copenhague – décembre 2009

http://www.coordinationsud.org/spip.php?rubrique494

Site du GIEC, Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat - http://www.ipcc.ch/home_languages_main_french.htm

Site de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques - http://unfccc.int/2860.php
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