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MALI - Chodo Touba CHODO et TOUBA travaillent avec Eau Vive depuis 1984. Etienne TOE, de l’équipe du Mali, est allé les rencontrer pour évoquer avec eux le passé et l’avenir : quel chemin ont-ils parcouru, quelles attentes ont-ils pour demain ? Il nous raconte ces deux rencontres. Je suis arrivé à Chodo vers 19 heures. Une demi-heure plus tard, tout le village était réuni en assemblée générale, c’est dire la capacité d’organisation et de mobilisation du village. Et nous avons tout de suite parlé du passé : à Chodo, les mémoires sont encore fraîches. On se souvient encore ici du film réalisé dans le village sur l’eau et l’assainissement ( " Les Gardiens de l’eau "), surtout Lassana et Boureima MALIKITE, animateurs du village, qui ont été filmés ! C’est en 1984 que le premier contact a eu lieu avec Eau Vive. Le problème d’eau à Chodo était alors crucial. A chaque fois qu’un événement devait réunir plus de 40 personnes, les habitants étaient obligés de parcourir plusieurs kilomètres à la recherche de l’eau. Ce furent des moments très durs. Et puis les villageois ont rencontré François, volontaire de l’Association Française des Volontaires du Progrès (AFVP), qui a transmis une demande à Eau Vive, les deux associations engageant alors un programme de construction de points d’eau dans la zone. Chodo se souvient que, déjà à cette époque, on leur a demandé " une participation active à la réalisation du puits ". C’est un autre volontaire, Jacques, qui a suivi avec eux la bonne fin du chantier et qui " ne ratait pas une occasion pour renforcer Des actions citoyennes et nous donner confiance ". L’arrivée du puits a été vécue comme une joie et comme un soulagement. Aujourd’hui encore, avec sa hauteur d’eau de 8 ou 9 mètres en permanence, il est ressenti comme la condition de survie du village. En fait, Chodo a connu plus de problèmes avec un forage, construit par la suite avec l’appui d’un autre organisme : la pompe est souvent en panne. Ce qui fait que le puits est alors doublement sollicité, par les hommes et le bétail. Heureusement, le puits ne tarit jamais, mais le travail d’exhaure est harassant et le village réfléchit à l’installation d’un système de pompage. UN COMITE DE SALUBRITE DANS LE VILLAGE Mais qui parle d’eau ne peut ignorer la santé. Chodo se dit convaincu que la corrélation est réelle entre eau, santé et développement. C’est pourquoi le village a lancé, dès la mise en eau du puits, un volet d’éducation sanitaire. Des animateurs sont venus du service d’hygiène de Baroueli, chef-lieu du cercle, pour proposer dans toutes les familles des postes d’eau potable. Ils ont appris aux villageois comment les utiliser et comment traiter l’eau du puits. En même temps a été organisée une campagne de sensibilisation de tous les villageois à l’hygiène de l’eau et Chodo a mis en place un comité de salubrité. Ce comité existe toujours et continue l’action : une fois tous les quinze jours les femmes effectuent un grand nettoyage des concessions et les hommes sarclent les herbes et ramassent les ordures du village. Et toutes les familles ont maintenant des latrines munies d’une fosse. En 1991, Chodo a même été lauréat du " concours du village le plus propre ", organisé par Eau Vive, ce qui leur a valu de gagner un moulin à mil, toujours en fonctionnement aujourd’hui. Mais surtout, la formation sanitaire à permis de diminuer considérablement le paludisme et les diarrhées dans le village. " La propreté, c’est notre credo, elle est entrée dans nos moeurs à Chodo ". Malgré ces avancées, tout n’est pas rose dans le village. Avec le temps, seuls 7 postes d’eau potable restent en bon fonctionnement sur les 40 installés initialement. Les femmes disent que les robinets s’abiment vite et que les réparer coûte cher, 2.000 FCFA (20 F)...Mais elles aimeraient bien rééquiper leur foyer parce qu’elles savent l’importance de ces postes d’eau potable. Ce sont les moyens qui manquent... Mais le village se dit prêt à engager de nouvelles actions : la construction d’une salle polyvalente, une adduction d’eau, la formation et l’équipement agricole pour les paysans, la fabrique de savon et l’embouche bovine. En effet, la relation avec Eau Vive est maintenant plus facile, parce que directe, sans intermédiaire. Chodo a beaucoup apprécié le document " Vous avez des projets " et plus encore les rencontres inter-villageoises. UNE MOBILISATION CONSIDERABLE Touba est un village beaucoup plus gros que Chodo. C’est un chef-lieu d’arrondissement de 10.000 habitants, à 150 km au Nord de Bamako. Face au problème d’eau, le village réalise une retenue d’eau en 1986 mais la digue de l’ouvrage est emportée par les pluies. Un ressortissant du village installé à Bamako prend alors contact avec la Direction Nationale de l’Hydraulique et de l’Energie (DNHE) pour faire réaliser une étude technique plus poussée. Contact est également pris avec Eau Vive pour un appui financier. Un barrage est construit entre 1987 et 1990. Son coût est de 250 millions CFA (2,5 millions de francs) et c’est le village et ses ressortissants, au Mali ou à l’étranger, qui apportent la majeure partie du financement. Un ouvrage considérable donc, qui a entraîné une mobilisation tout aussi considérable des habitants. Pour gérer les actions communautaires du village, les villageois et ressortissants créent le MJTD (Mouvement des Jeunes de Touba pour le Développement) qui va initier et mettre en oeuvre de nombreux projets : formation d’animateurs villageois à la lutte contre l’érosion et à l’agroforesterie, construction de puits maraîchers, programme de conservation des eaux et des sols (fabrication de gabions, traitement de ravines, digues filtrantes...), éducation sanitaire, formation nutritionnelle, installation de postes d’eau potable, équipement de l’animateur villageois, etc. Chaque année, le village investit entre 5 et 10 millions CFA ! Depuis 1996 le village a entrepris la construction d’un atelier communautaire où seront enseignées la menuiserie, l’électricité, la soudure, la couture, la forge, la teinture, la cordonnerie, le maraîchage, etc. Touba veut en effet donner un métier à ses jeunes qui sortent de l’école et attend beaucoup de cet atelier. Pour l’avenir, le village veut renforcer la lutte contre l’érosion, une action très demandée dans la zone. Il a en projet la création d’une radio rurale, la construction de 8 écoles, la création de nouvelles retenues d’eau dans les villages voisins, augmenter la production maraîchère, planter des acajous pour produire du bois...et pourquoi pas, exporter. |