Lettre d'informations



Mai 2006

Dans ce numéro :
- Le forum mondial de l'eau (Mexico 2006) : un bilan mitigé
- Le programme d'appui au développement local au Sénégal
- Le forum regional des acteurs usagers de l'eau (Burkina Faso)
- Zoom sur... l'Autorité du Bassin du Niger
- La coopération décentralisée : la loi Oudin-Santini

Le forum mondial de l'eau (Mexico 2006) : un bilan mitigé

Le Forum de Mexico sur l'eau vient de s'achever. Eau Vive et la Mairie de Paris collaborent dans des projets situés dans la région de Kornaka (Niger). Dans l'optique du dernier Forum de l'eau :"du local au global", la Mairie de Paris a souhaité être accompagnée à Mexico par le maire de Kornaka, monsieur Moustapha Janjouna. Si la plupart des acteurs présents (états, collectivités locales, professionnels du secteur, ONG, agences multilatérales.) saluent la qualité de l'organisation et la convivialité des échanges, force est de constater que les résultats sont bien maigres. La reconnaissance du droit à l'eau n'a pas vraiment progressé. Sur le plan financier, rien de nouveau. Mexico réaffirme l'objectif 7 des OMD (réduire de moitié la population qui n'a pas à l'accès à l'eau et à l'assainissement), mais aucun financement significatif nouveau n'a été évoqué : public ou privé, l'argent pour l'eau n'est pas disponibles. Et le débat s'enlise sur les rôles respectifs du privé et du public dans la gestion de l'eau, car réduit à la question du rôle des multinationales dans ce secteur. Ceux qui n'ont pas encore accès à l'eau devront se contenter de quelques avancées bien minces. L'approche technique et financière par le niveau local et l'implication indispensable des usagers sont enfin reconnues comme porteuses de succès. La promotion de la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) par bassins versants progresse, ces bassins apparaissant par ailleurs comme un territoire possible de péréquation pour assurer l'accès à l'eau des plus défavorisés. Les pauvres de la planète devront attendre encore l'eau.et le prochain forum d'Istanbul, dans trois ans.

Le programme d'appui au développement local au Sénégal

Démarré en Avril 2001, le Programme d'Appui au Développement Local de Tambacounda est arrivé à son terme en mars dernier. Cofinancé par l'Union européenne, il a été mené en consortium avec l'Ong italienne LVIA et dirigé par Joseph NDIAYE de l'équipe Eau Vive Sénégal. Au terme de 5 années d'activités, les résultats sont à la hauteur des objectifs fixés : formation de 600 responsables et élus de 5 Communautés rurales , actualisation des Plans locaux de développement, réalisation de 57 puits villageois à grand diamètre, éducation sanitaire et construction de 6 centres de santé, éducation scolaire, construction et équipement de 4 salles de classe, appui aux activités économiques (moulins, maraîchage, caisses villageoises d'épargne crédit, banques de céréales, formation des producteurs ...). Au total, plus de 90 villages, réunissant plus de 35 000 personnes, ont été soutenus dans la réalisation de leurs projets, et sont dotés d'infrastructures et de capacités supplémentaires pour progresser. Eau Vive Sénégal assurera un suivi auprès des villages de la région de Tambacounda, et s'engagera aux côtés de nouvelles communautés pour soutenir leurs projets.

Le forum regional des acteurs usagers de l'eau (Burkina Faso)

Les 23, 24 et 25 février 2006 s'est tenu à Fada N'Gourma (Burkina Faso) le FOREAU premier forum régional des acteurs usagers de l'eau, dans le cadre du " Processus de Vision Partagée " de l'Autorité du bassin du Niger ( ABN ). Eau Vive en a été l'un des principaux organisateurs.
Le FOREAU a pour objectifs de faire du bassin du fleuve un espace de développement durable, impliquer tous les acteurs (étatiques et non étatiques) aux actions de protection et de valorisation des ressources du bassin, asseoir les bases d'une véritable et réelle participation, d'un engagement conscient des acteurs usagers de l'eau et plus largement de la population du bassin à la démarche participative de la Vision Partagée.
La déclaration finale de Fada affirme que le Plan d'Action pour le Développement Durable doit être "le reflet des besoins, des aspirations et des dynamiques des usagères et usagers des ressources du bassin"., qu'il faut "ouvrer au renforcement des capacités des organisations de la société civile et de la valorisation de leur savoir-faire".
Eau Vive a joué un rôle essentiel dans tout ce processus. A la conférence de Paris Eau Vive Niger avait été la seule à présenter un projet concret, impliquant les acteurs locaux : programme de protection et de gestion du bassin versant de Roubiré (voir Eau Vive actualités n°37). Aujourd'hui c'est Jean Bosco BAZIE (Responsable d'Eau Vive-Niger, Groupe de Référence Africain pour l'eau) qui assure la coordination de la mise en place du Processus de la Vision Partagée pour la participation de la société civile .
Le FOREAU de Fada N'Gourma est une "première". Il montre que les principes et les modes opératoires d'Eau Vive sont de plus en plus reconnus : pas de réussite dans la durée sans l'implication des acteurs locaux. "La réunion s'est achevée avec une grande satisfaction. Pour une première, depuis 40 ans d'existence de l'ABN, c'est un succès total. Nous sommes épuisés mais contents d'avoir pu amorcer ce mouvement à l'échelle du bassin" (message de Jean Bosco 27-02-06).

Zoom sur... l'Autorité du Bassin du Niger

L'ABN regroupe les 9 pays riverains du bassin du fleuve Niger. Ce bassin compte près de 110 millions d'habitants, aux deux tiers ruraux. Le fleuve est aujourd'hui en danger (ravinement, ensablement, invasion de la jacinthe d'eau.). Le potentiel agricole du bassin est exploité à 20%, son potentiel énergétique à 30%, sa navigabilité, qui n'est pas permanente, se limite à certains biefs. Les ressources naturelles, l'environnement, se dégradent pour des causes naturelles, anthropiques et du fait de politiques de développement inadaptées.
Le processus de Vision Partagée (lancé à la conférence de Paris en avril 2004) cherche à faire face aux besoins croissants en matière de sécurité alimentaire, d'énergie et de développement durable. Les thèmes couverts sont nombreux : eau potable et assainissement, agriculture et élevage, pêche et navigation, protection des écosystèmes, barrages, tourisme, mines, industries et artisanat, gouvernance de l'eau.

La coopération décentralisée : la loi Oudin-Santini

La loi initiée par Jacques Oudin relative à la coopération internationale des collectivités territoriales et des agences de l'eau dans les domaines de l'alimentation en eau et de l'assainissement, a été votée le 27 janvier 2005 (parution au Journal Officiel du 10 février 2005). Celle-ci permet aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale de financer, sur le budget des services publics de l'eau et de l'assainissement, des actions de coopération décentralisée, d'aide d'urgence ou de solidarité dans les domaines de l'eau et de l'assainissement. Le plafond des sommes qui peuvent y être consacrées est fixé à 1% des ressources affectées jusqu'ici à ces services. De même, les agences de l'eau sont autorisées à conduire des actions de coopération internationale dans la limite de 1% de leur budget. Cette loi est pleine d'opportunités pour Eau Vive et pour le Sahel. Elle encourage en effet de nombreux acteurs de l'eau en France à financer des projets "eau" au Sud, et Eau Vive prend contact actuellement avec des syndicats des eaux, des agences de l'eau, des communautés urbaines, pour leur proposer des actions concrètes. A l'occasion de ces projets et de partenariats entre Eau Vive et ces collectivités territoriales françaises, les échanges entre élus du Nord et du Sud se font plus nombreux, au grand bénéfice des uns et des autres. Enfin, pour un syndicat d'eau, financer l'accès à l'eau dans une collectivité locale du Sahel, c'est l'occasion d'engager une réflexion sur les enjeux de l'eau ici en France, au niveau national ou local : la solidarité internationale nous renvoie à nos propres questions de société, à notre comportement vis à vis de l'eau.