Lettre d'informations



Novembre 2006

Dans ce numéro :
- Forum des usagers de l'eau (Bassin du Niger) : suite et pas fin !
- Eau Vive améliore l'accès à l'eau et à l'assainissement dans la région de Mopti au Mali
- Zoom sur...la collaboration entre l'UEMOA et Eau Vive
- Le rapport du PNUD sur le développement humain 2006
- Micro-crédit : prix Nobel de la paix
- A voir : "Bamako" le film
- Brèves

Le forum mondial de l'eau (Mexico 2006) : un bilan mitigé

En février dernier s'est tenu à Fada n'Gourma au Burkina Faso le 1° forum des usagers de l'eau pour les 9 pays du bassin du Niger regroupés au sein de l'ABN (Autorité du Bassin du Niger).
Ce Forum, pour lequel Eau Vive a joué un rôle essentiel, s'intégrait dans le  « Processus de vision partagée » de l'ABN, plus particulièrement l'aspect « Participation de la société civile ».
Le rapport final de l'étude qui visait à identifier les usagers de l'eau pour les impliquer dans le processus a été fait par Jean Bosco Bazié (Eau Vive Niger).
Il marque de nombreux motifs de satisfaction :
- l'appropriation de l'initiative, par les pays, par l'ABN, par les partenaires financiers (France, Canada).
- la motivation des acteurs usagers eux-mêmes, la réalité du mécanisme de participation, du niveau local au niveau régional (pays de l'ABN), en passant par le niveau national.
- surtout l'adoption le 14 septembre 2006 par le conseil des ministres de l'ABN d'une résolution reconnaissant l'importance de l'implication et de la participation de la société civile et invitant à la poursuite des activités pour rendre cette implication et cette participation effectives.
Eau Vive, qui chaque jour depuis de très nombreuses années lutte pour renforcer les capacités locales et les faire reconnaître, se réjouit de ces conclusions. La participation de la société civile aux décisions des plans de développement devient peu à peu incontournable. La question n'est plus taboue et les acteurs eux-mêmes sont de plus en plus conscients que la marginalisation de cette ressource humaine dans la définition des politiques et leur mise en ouvre n'est que perte pour le développement.

Eau Vive améliore l'accès à l'eau potable et à l'assainissement dans la région de Mopti au Mali

Le trachome, ou maladie des "cils qui poussent à l'intérieur", est la deuxième cause de cécité dans le monde. Bien qu'elle soit susceptible d'être prévenue et traitée, elle frappe encore près de 80 millions de personnes, en particulier au sud du Sahara. Une enquête menée en 1996/97 sur l'ensemble du territoire malien a relevé que 1,5 millions d'enfants de moins de dix ans étaient porteurs du trachome actif.
Dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre la cécité  au Mali , Eau Vive a initié un programme pilote qui vise à améliorer significativement l'environnement des populations de sept villages sur cinq communes de la préfecture de Bandiagara. Cela, à travers l'approvisionnement en eau potable et des activités visant à améliorer l'hygiène et l'assainissement du cadre de vie. Ce programme, mis en ouvre pendant deux ans, retient l'attention des autorités et partenaires techniques sanitaires en charge de cette stratégie (PNLC, ITI, SIGHT SAVERS, Helen Keller International ) qui ont approché Eau Vive pour mettre en ouvre des programmes similaires dans la région de Mopti ou dans d'autres régions comme Koulikoro.
Intitulé "Eau Contre Trachome", le programme est mis en ouvre selon une démarche participative impliquant la population et les autorités communales. Ainsi, pour la mise en place des infrastructures, le schéma d'appui institutionnel et financier de la décentralisation au Mali est pris en compte et les populations locales sont réellement maître d'ouvre des investissements. La conduite des activités d'information, d'éducation et de communication (IEC) vise à promouvoir des changements de comportement en matière d'hygiène de vie et d'assainissement de l'environnement. Ces activités sont intégrées à la réalisation des points d'eau qui sont le support fiable des différents messages de sensibilisation tant sur l'assainissement que sur la prévention du trachome.
L'adhésion des élus communaux a été totale ce qui a facilité la réalisation des différents investissements et la conduite des activités de sensibilisation.
Ce programme se réalise avec le co-financement du SCAC de l'ambassade de France à Bamako et des fonds propres d'Eau Vive et de ses partenaires dont les communautés Emmaüs, la Mairie de Ploemeur, l'Agence de l'Eau Adour Garonne, Eau sans Frontières, la Fondation Total et surtout celui des communautés villageoises.

Zoom sur ... la collaboration entre l'UEMOA et Eau Vive

Depuis 2004 l'Union Economique et Monétaire Ouest-africaine (UEMOA) et Eau Vive sont unies par une convention de partenariat (voir Eau Vive Actualités n°37-décembre 2004).
L'UEMOA a reçu cette année un financement venu de l'AFD (Agence Française de Développement) pour 3000 points d'eau dans les huit pays de la zone (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Togo, Sénégal).
Le projet consiste à réaliser des infrastructures hydrauliques, mais l'UEMOA souhaite que ces infrastructures soient gérées et entretenues par les utilisateurs. C'est pourquoi il y a aussi la mise en ouvre d'actions d'information, de formation, d'éducation en direction des utilisateurs de ces équipements. L'UEMOA compte sur les compétences d'Eau Vive dans toute cette partie "animation" pour assurer la pérennisation des équipements et la responsabilisation des usagers. La réalisation de ce projet a commencé par des études concernant 3 pays : Burkina Faso, Mali, Niger.
A ce jour 2 conventions, entre l'UEMOA et le Mali, entre l'UEMOA et le Burkina Faso, mentionnant l'intervention d'Eau Vive ont été signées.
L'idée qu'on doit absolument rendre les usagers de l'eau acteurs des différents processus devient peu à peu incontournable.

Le rapport du PNUD sur le développement humain

Intitulé «Au-delà de la pénurie: pouvoir, pauvreté et crise mondiale de l'eau», le rapport 2006 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) vient d'être publié. Eau Vive y a contribué, en participant à une table ronde mise en place par cette organisation, et en soutenant la présentation officielle du rapport à la Mairie de Paris le 10 novembre. Ce rapport souligne que le manque d'accès à l'eau potable et à l'assainissement a un effet multiplicateur : plus de la moitié des personnes qui vivent dans les pays en développement souffrent à un moment donné d'un problème de santé en raison du déficit d'accès à l'eau et à l'assainissement.

Le micro-crédit : prix Nobel de la paix

Félicitations au jury du Nobel pour avoir compris qu'il est essentiel de faire entrer les plus démunis dans le circuit économique et non de les marginaliser par des actions de charité. Bravo à Mohamed Yunus et à la Grameen Bank qui depuis plus de trente ans a permis à des millions de personnes (dont plus de 95 % de femmes) de sortir de la pauvreté et de retrouver la dignité. "Le micro-crédit est apparu comme une puissante force de libération dans les sociétés où les femmes en particulier sont en butte à un contexte socio-économique oppressif" (comité Nobel).

A voir : le film "Bamako"

Ne manquez pas ce film du mauritanien Abderrahmane Sissako. Dans la cour de la maison où le réalisateur a grandi, siège une cour de justice qui fait le procès des institutions financières internationales. Des comédiens, mais aussi de vrais avocats, de vrais juges. A la barre, des témoins nombreux et divers de la "société civile" du Mali, un paysan, un professeur, Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture. Elle dénonce le pillage de l'Afrique qui se paupérise : "elle n'est pas victime de la pauvreté mais de ses richesses", elle condamne aussi le "viol de l'imaginaire" qui cherche à priver l'Afrique de son identité. Et pendant le procès la vie quotidienne de la cour continue. "Face à la gravité de la situation africaine, j'ai ressenti une forme d'urgence à évoquer l'hypocrisie du Nord vis-à-vis du Sud. Parlant de l'Occident, l'un des témoins m'a dit : Au moins ils sauront que nous savons" (A.Sissako)

Brèves

Coopération décentralisée
Le Conseil Régional de Basse Normandie a tenu le 17 novembre à Caen ses 1° Assises de la Coopération décentralisée - Aide publique au développement. Plus de 100 élus, plus de 100 associations ont participé à la réunion. Eau Vive est partenaire du Conseil Régional. Mame Tacko Diallo (Eau Vive Sénégal, membre du conseil d'administration d'Eau Vive) était invitée pour participer à l'un des ateliers :"Mobilité et regards croisés sur les sociétés civiles : évolution du rôle des femmes et des jeunes dans les institutions territoriales au Nord comme au Sud". Elle a été chaleureusement applaudie pour toutes ses interventions dynamiques et militantes.

"Desertif'actions" et société civile
Eau Vive était présente au Forum international "Désertification et société civile" qui a réuni les responsables associatifs, élus locaux et entreprises privées de 60 pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine du 21 au 23 septembre 2006 à Montpellier.
Parmi les points-clé de cette lutte qui concerne plus de 2 milliards de personnes et 40% des terres émergées de notre planète, l' "Appel de Montpellier" affirme que la désertification n'est pas une fatalité, qu'elle peut être combattue, mais que l'exigence de l'action est venue. En insistant, notamment, sur la nécessité de renforcer les capacités de tous les acteurs impliqués à l'échelon local, notamment les jeunes et les femmes.
N'est-ce pas ce à quoi s'emploie Eau Vive depuis sa création en appuyant les projets des communautés villageoises du Sahel ?...

Solidarité de Louvigny avec le Sahel - Ifs Solidarité Sahel
Le jeudi 16 novembre à Louvigny une assistance nombreuse et motivée a regardé le film "Eau Vive, une autre idée du développement" (film disponible sur demande à Eau Vive), puis écouté, Mame Tacko Diallo parler des méthodes d'intervention d'Eau Vive. Les questions ont été variées. Pour certains cette façon de prendre en compte et de responsabiliser la population était une découverte. Tout le monde est reparti convaincu qu'on ne peut plus dorénavant ignorer le rôle des habitants des villages africains dans la maîtrise de leur avenir